Mais que font les instit profs (des écoles) ?
Attention les yeux
– ça pique –
article volontairement rédigé sur le format transcription de l’oral.
Nan parce que ça va deux minutes ces profs qui font grève parce qu’ils ne sont payés « que » 2 000 € (environ va pas chipoter) pour 24 heures par semaine…. Faut-pas-pousser. Et puis je sais pas, tu as vu combien de vacances ils ont ? et leur mercredi !
Alors, EN VRAI, que font-ils de leur journée ?
Dans le cadre législatif (du style Code de l’Education)… c’est 24h de présentiel devant les élèves + 108 heures annualisées (environ 3 heures hebdomadaires – ça date d’une vieille réforme). Donc dans les faits, déjà c’est pas 24h sur le papier… c’est 27h. Enfin, sur le papier, entendons nous, aucun professeur des écoles n’a signé de contrat : t’as le concours, tu deviens stagiaire, t’es titularisé au bout d’un an, c’est tout. Pas de contrat de travail, rien. On parle même pas de CDD ou de CDI à ce niveau là ! Et puis bon pourquoi faire !? Faudrait pas qu’on aille au prud’homme non plus !
Et puis bon, pas de prise de tête, une grille de progression à l’ancienneté et le salaire indexé sur l’inflation, à bas la méritocratie, vive l’égalitarisme !
Mais ce n’est pas le sujet !
Reprenons.
Donc, instit c’est 24 heures de présentiel devant les élèves par semaine …
Style 8h30-11h30 et 13h30-16h30
Grosso merdo, certaines écoles font des variantes aléatoires type 9h-12h, 13h30-16h30 ou 8h30-12h, 13h45-16h15…
Ça vaaaaaa !
Mais les professeurs des écoles ont une obligation de service de 3 heures par semaine, lesquelles ont été annualisés sous l’effigie du 108 heures (les P-E[1] savent…) et ces heures en question sont très cadrées : 36 h d’APC[2], 24h d’application du projet d’école, 24h de CM[3], CC[4], relation parent, collège… 18h formation continue, 6h de CE[5].
Voilà voilà. Normalement, si vous êtes parvenus à la fin de mon intro, vous devez avoir une migraine de sigles et déjà, vous pensez que c’est pas net cette affaire…
Alors !? Tu viens faire un petit tour dans ma journée de prof ?
On va compter les heures !!!!
(non on ne badge pas. Et non, on ne compte pas réellement nos heures, car on a pas le temps… donc cet exposé n’est qu’un présupposé des heures estimées faites).
Pour commencer notre douce journée d’enseignement, on se doit d’être dans l’enceinte de l’établissement 10 minutes avant l’arrivée des élèves (matin ET midi) – et oui ça ferait pas joli joli le prof qui débarque tartine dans le bec, mug de café à la main, pas coiffé, pas rasé/maquillé( ?), copies sous le bras, à travers une horde d’élèves et de parents qui se bousculent au portail (non les enfants n’ont pas hâte d’aller en classe, mais les parents, pour beaucoup, ont hâte de se délester pour un temps de cette obligation morale – cœur cœur je vous aime mes nains).
Indépendamment du côté pas très pro du prof qui arrive en même temps que ses élèves (roh ça peut arriver de louper le bus, hein, mais juste pas tous les jours stp), QUI gère les enfants dans l’établissement en attendant que la cloche sonne le début de la classe !?
Les pions !?
HA ! HA ! Supercherie !
Il n’y en a point au primaire. Les enfants se gardent seuls. Ou pas. Non non rassurez-vous, chers parents lecteurs, nous surveillons vos têtes blondes-brunes-rousses-cercle-chromatique.
Point compta : on rajoute 20 minutes par jour soit 1h20 par semaine)
D’accord, donc instit (profs) et pions… ça vaut pas une grève…
Tout à fait.
Parce qu’il suffit d’ouvrir la porte de la classe, écrire la date au tableau et poser ses fesses pendant que les élèves travaillent gentiment dans leurs manuels… c’est bien connu, les bancs d’écoles sont remplis d’enfants modèles digne des biscuits petit écolier !
> SARCAAAAAAASME <
L’ouverture de la porte de la classe
Très chers lecteurs, sachez que nous, profs, nous débrouillons généralement pour ouvrir la porte de la classe avant (quand les élèves montent seuls en classe, là encore c’est selon l’école) comme ça on peut surveiller ce qu’il se passe dans les couloirs (casquette de pion) : trafic de cartes Pokemon, partage de vidéos Tic-toc (oui, oui au primaire), discussion sur la série ou le jeu vidéo du moment, ou petite bagarre pour garder la forme (manger-bouger).
Le nec plus ultra du super prof : se poser à l’embrasure de la porte. Pour surveiller tant le couloir (et pouvoir gueuler « on ne court pas dans les couloirs ») que la salle de classe (et pouvoir gueuler « machin ton manteau au porte manteau ! »).
Ndlr : Sachez par ailleurs que la surveillance est également valable lorsque l’on récupère les enfants en rang d’oignon dans la cour.
La date magique
Pour ce qui est de la date écrite au tableau, là aussi généralement on a pris les devants. Parce que les conseillers-pédagogiques (décharges des inspecteurs) nous ont dit « qui surveille la classe pendant que vous avez le dos tourné pour écrire au tableau ? »
Ah ben oui, tient, j’y avais pas pensé… alors je développe un strabisme pour écrire la date ET surveiller mes élèves (ben oui ils pourraient sauter par la fenêtre…).
Le maitre mot : ANTICIPATION ! Donc non seulement la date écrite, mais l’activité est prête. Et oui, car la réflexion suivante du conseiller pédagogique (ils ont toujours une carte dans la poche) aura été : « mais que font les élèves pendant que vous faites l’appel ? ils se tournent les pouces ? Faites leurs écrire la date… ou un petit rituel conjugaison, graphisme, calcul… »
Eh oui. Si les élèves s’ennuient, ils font de la merde. Comme les enfants n’apprennent plus à s’ennuyer (comprendre : rester assis sagement sans bouger) il faut les occuper… après tout on est là pour ça. Et heureusement qu’on a les conseils des conseillers pédagogiques parce que sinon qu’est-ce qu’on ferait ?
Des élèves sagement au travail
Quant à ce qui est d’attendre que les élèves fassent gentiment leurs exercices dans leur manuels… Ha ! Ha ! D’une part, pour avoir le bon nombre de manuels (pour tous les élèves c’est un luxe, mais au moins un pour deux quoi), en bon état et à jour… c’est un sacré pari.
Oui car les programmes changent tous les quatre matins, ils doivent être « conformes aux nouveaux programmes », et puis il faut pouvoir expliciter au conseiller pédagogique « pourquoi on a choisi tel manuel, quels sont les bienfaits pédagogiques recherchés, en quoi cette méthode vous semble plus adaptée… »
Et puis des manuels en bon état… ce sont quand même des outils utilisés quotidiennement par des enfants… on a beau leur apprendre comment tenir un ouvrage, tourner les pages, les ranger dans le casier ou le cartable, on aura forcément truc-muche qui va plier une page ou machin qui va faire tomber son stylo dessus…
La solution serait d’en racheter. Oui. Hum. Avec quel argent ? Non parce qu’un manuel de classe… c’est cher. On compte en moyenne 16€ le manuel. Pour trente élèves, ça nous fait facilement 480€. Juste pour les manuels de français. Si on rajoute ceux de mathématiques… ça commence à chiffrer, alors pour les autres disciplines on fera l’impasse.
Parce que concrètement, oui, nous disposons d’un budget alloué par les collectivités. Environ 36€/élève par année scolaire. Pour une classe de 30 élèves, on dira donc 1 080€ pour acheter manuels, cahiers, matériels d’art plastique ou pédagogique, etc. Sans compter un budget pour l’école pour renouveler le matériel commun (plastifieuse, massicot, équipement de sport, etc.) qui sera voté en Conseil des Maîtres. Ne vous inquiétez pas, on a parfois des petits chèques de la Coop (coopérative scolaire) dans l’année pour financer d’autres projets pédagogiques (visites, matériels etc.)
Oui vous aurez remarqué que je vous ai sinueusement présenté un autre envers du décor : la dimension comptabilité et personnal-shopper de l’éducation nationale.
Tout ça pour dire qu’en la matière, on peut dire qu’il y a deux catégories de professeurs.
Les « écolo » : on a une quantité astronomique de manuels dans nos établissements qui sont H-P (hors programme) ou obsolètes : tant pis, ça fera une banque d’exercice ; je pioche dedans, j’adapte. Après tous des exercices de conjugaison ou des exercices de multiplication, ça reste du pareil au même. Et puis si j’ai besoin d’autre chose, ils copieront depuis le tableau (après tout ça fait partie des compétences : apprendre à copier sans erreur). Pour cela, il faut donc un sacré temps de recherche du bon exercice correspondant à ce qu’on travaille au programme, ou un temps pour copier/afficher l’exercice complémentaire au tableau.
Les « copistes » : les pros de la liberté pédagogique revendiquée qui cherchent les dernières pépites pédagogiques sur le net et qui les impriment. Rendez-vous 45 minutes avant la sonnerie dans la salle des maitres, vous les trouverez en train de faire la queue à la photocopieuse. Mais soyez raisonnables. Nous sommes rationnés (encore une fois par la municipalité) à 2,5 copies par élève par jours en école élémentaire (le papier et l’encre ça coûte cher) – un peu plus en maternelle, parce que, eux, n’ont pas de manuels (ben non ils ne savent pas lire…).
NB au passage, les profs passent tous par la salle des maitres le matin. Pas pour le café ou pour le gâteau-partagé (ne rêvez pas ce n’est pas tous les jours et c’est à tour de rôle), mais pour dire bonjour, voir s’il y a des mots d’ordres à communiquer aux élèves (papier à faire coller dans le cahier de liaison…) ou des classes à répartir parce qu’un collègue est absent-non-remplacé (classique)…
Pour résumer, grossièrement… les profs préparent leur classe (entendre littéralement la pièce-classe et le matériel utile à une journée type) en moyenne 45 minutes par jour (soit le matin, soit le soir, c’est selon les emplois du temps de chacun).
Point compta : environ 3 heures de préparation pour semaine
Voilà, il est 8h30, la classe va commencer. Et j’ai déjà ajouté une heure au compteur des horaires des P-E. On continue ?
Le présentiel
L’appel fait (présence et cantine/étude/garderie) il faut (parfois) prendre le temps d’appeler les parents pour savoir pourquoi un tel n’est pas à l’école (si le directeur est déchargé à 100% parfois il s’en charge) – certains enfants vont seuls à l’école, il faut donc s’assurer qu’ils se sont bien mis en route le matin (ils sont parfois simplement malades et nous n’avons pas encore eut l’info).
La classe peut commencer.
Puis vient l’heure de la récréation.
Les récréations - au nombre de deux par jour - sont des moments de pause, ou les enfants doivent aller s’aérer et se défouler. Après tout, ce sont des enfants. Ils doivent se dépenser. Mais guère plus de 20 minutes à chaque fois. Là encore, il faut remettre sa casquette de pion. Car non, ils ne se surveillent TOUJOURS pas seuls. Ce sont certes des êtres sociaux, mais ils n’ont pas encore tous les codes pour communiquer ou jouer en bonne entente et il nous faut bien souvent faire tampon ou expliquer les propos de l’un ou de l’autre ou soigner les égratignures sanguinolentes de bidule qui est tombé parce qu’il ne sait pas faire ses lacets (ben oui parce qu’on a plus le temps de faire les lacets des 28 gamins qu’on vient de moucher en maternelle donc on demande aux parents de mettre des scratchs)….
Dans les écoles ou l’équipe pédagogique est assez conséquente, les collègues se relaient. Chacun son tour est de service (comprendre : service de récréation. Oui oui, on utilise bien le mot service…). Pendant ce temps, les autres peuvent aller faire pipi, prendre un café, faire une photocopie en catastrophe, préparer leur séance d’art plastique, retrouver la clé du local de sport, avancer dans les corrections (oui en 20 minutes on a le temps de corriger 5 cahiers !)
Pour être sympa et objective (…) on dira qu’on ne fait qu’un service par jour. Soit 20 minutes de surveillance. Mais bon on est dans les 24 heures hein… ça compte pas, pas de pause pour les profs !
On reprend la classe, puis vient l’heure de déjeuner. Enfin !!! Nous avions faim ! 2h de pauses bien méritées. Enfin deux heures… Le temps de déposer une partie de la classe aux animateurs périscolaires et d’attendre que chaque enfant soit bien reparti avec son parent le midi… il reste 1h50. Ça va le faire. Ah non mince, j’ai oublié : j’ai APC !
Donc 30 minutes d’APC (activités pédagogiques complémentaires comprises dans les 108 heures) avec le groupe B (5 élèves) pour approfondir la fonction des mots. C’est deux fois par semaine.
Point compta : Ça rajoute une heure dans la semaine (sur la pause déj) mais ça ne compte pas, parce que ça fait partie des 108 heures.
Aller, on emmène le petit groupe d’APC à la cantine, petit crochet pour récupérer son plateau repas à 6€20 (eh non c’est pas gratuit Jean-Louis !) ou queue au microonde pour faire réchauffer sa gamelle de restes de la veille (toujours de la haute gastronomie dans la salle des maitres). Aller il reste 1h15 pour déjeuner… c’est bon. On papote, on se partage nos perles d’élèves, nos cas, nos petites histoires perso… et hop il ne reste que 45 minutes.
Deux options s’ouvrent à nous (ce n’est pas un jeu de rôle, lâchez vos dés) : soit on a vraiment trop de chance et on fait un conseil des maitres (hebdomadaire) pour faire le point sur les différents projets ou thème à l’ordre du jour (type Printemps des Poètes, comment dépenser les 200€ qu’il reste de la Coop : des cerceaux pour le sport ou des feuilles d’imprimante ?), soit on fonce dans sa classe préparer ses séances de l’après-midi et avancer dans ses corrections.
Point compta : deux heures par semaine sur le temps du midi consacrées à la préparation et à la correction. Quant aux trente minutes du conseil des maitres, c’est cadeau – ça fait partie des 108 heures.
L’après-midi bat son plein. Les enfants sont amorphes dans leur phase digestive et pas du tout réceptifs à la séance consacrée au plan de la ville…
Mince ! J’ai oublié l’arrêt WC à l’heure du déj ! Catastrophe ! Plan de secours activé ! Je sors un petit exercice à faire en autonomie, je toque à la porte du collègue (oui les classes sont communicantes) je lui demande de garder un œil sur mes élèves le temps que je vide ma vessie. Le voilà qui se place dans l’encadrement de la porte et qu’il continue sa dictée (ses élèves lui tournent le dos) pendant que je cours à l’autre bout du couloir. Non, mes élèves n’auront pas fait l’exercice, ils auront chuchoté et parlé de ce grand professeur qui les impressionnent et qui les toise depuis son mètre quatre-vingt-dix. Je reviens, essoufflée. Il faut reprendre le groupe classe.
Après la récréation nous avons une séance de sport. Il faut anticiper : écrire les devoirs (que de l’oral ou de la lecture, c’est promis[6] !), coller les mots dans le carnet de liaison, regrouper les cahiers du jour à corriger, les faire ranger leurs casiers et ramasser les papiers et taillures qui jonchent le sol, laver le tableau et préparer les cartables…
Le tout dans un temps record et sans crier (soyons honnête ces moments de rangement et d’organisation explosent toujours le sonomètre).
On descend pour la récréation, cartables sur le dos, on prend soin de bien les aligner le long du mur et on file préparer sa séance d’APSA[7].
Note à moi-même : Ne rien oublier : le matériel, l’échauffement, tous les garder à l’œil, les consignes claires à faire répéter, les exemples précis et des activités variées avant un bilan et les étirements. Le tout également dans un temps record. Oui car jusqu’à présent, il fallait faire du sport 3 heures par semaine (parmi toutes les obligations) mais dorénavant ça sera chaque jour.
Mais comment tout faire en 24h ?
Oui car voilà un autre sujet épineux pas encore abordé sur ces fameuses 24 heures de présences face aux élèves.
Cela étant dit, après ce résumé d’une journée type, cela mettra peut-être plus en perspective la problématique qui s’articule autour de ça.
Dans ces fameuses 24 heures l’enseignant doit caser 8 heures de français, 5 heures de mathématiques, 1h30 de langue vivante, 3h de sport, 2h de sciences, 2h d’arts, 2h30 d’histoire-géographie et EMC.
Sauf que à aucun moment ne sont décomptés les temps de récréation (indispensables à la concentration des élèves) ni les temps de gestion (appels, administration, devoirs, mots…), ni les potentiels exercices obligatoires (alerte incendie, alerte intrusion, alerte intempérie…) dont les heures d’enseignement imputées ne sont jamais rattrapées.
Mais soit, dans ma journée, je dois caler 2 heures de français, 1h15 de mathématiques, 20 minutes d’anglais, 45 minutes de sport, 30 minutes de science, 30 minutes d’art et 40 minutes d’histoire/géographie/emc. Et tout cela dans un enchainement à la seconde. Un claquement de doigt et les enfants ont instantanément le bon cahier ouvert à la bonne page et sont frais et disposés à apprendre (DANS VOS REVES !).
Pourquoi dis-je « dans vos rêves » ? Pensez-vous sérieusement que passé à grille de l’école votre enfant est devenu un ange ? Le même enfant après qui vous avez couru pendant 5 minutes le matin même pour essayer de le coiffer, le même qui a mis 10 minutes à retrouver sa chaussette et 8 pour accepter mettre ses chaussures ? NON. Non-non. Nous n’avons pas de baguette magique et non ils ne deviennent pas doués d’une capacité organisationnelle lorsqu’ils sont placés face à un tableau noir. Ça se saurai.
Dans les faits il y en a toujours un qui ne trouve pas son cahier dans son casier rempli de feuilles non collées-non-rangées et les 18 livres de la bibliothèque de classe qu’il accumule pour les lire quand il a fini son travail (bâclé, cela va sans dire, sinon il n’aurai pas le temps de lire…) et par miracle, au bout de 13 minutes alors que la séance est bien entamée et que je lui ai proposé une solution alternative pour prendre notes de ces séances ô combien palpitante sur les tenues vestimentaires des gaulois, son cahier est retrouvé dans le casier du copain à l’autre bout de la classe - lequel farfouillait dans son casier, compas à la main… étiqueté HPI (…) , il « aurai besoin de s’occuper pour canaliser son cerveau ». Ca c’est sans compté les « Maîtresse je le mets ou mon cahier », « on écrit en quelle couleur ? », « c’est qu’elle page déjà ? », « maitresse j’ai plus de colle », « je peux aller faire pipi ? », « tu sais maitresse, moi ce week-end j’ai été à Disney »… et ils sont capables d’être 5 à me poser exactement la même question dans la minute sans écouter la consigne préalable qui écouter les réponses répétées (et même quand on les écrit au tableau ils ne les voient pas). Et du temps pour ça !? on en a ??
Alors je vous le demande…
On fait l’impasse sur quoi ? Le sport ? l’art ? La géographie ? Dites-moi… !!! REFERUNDUM !!!
La « fin » de la classe
Allez 16h30, ça sonne !!! Youpi !!! La journée est FINIE (pour les élèves !!!!)
Sauf que…
16h38 la mamie de Machin n’est toujours pas arrivée pour le récupérer. On va passer un coup de fil au papa pour savoir s’il va à l’étude. On ne va tout de même pas le laisser sur le trottoir le pauvre. Coup de fil sans réponse.
16h45 Madame Blabla arrive pour notre rendez-vous. Je lui demande quelques minutes, elle accepte gentiment.
16h47 ça y est la mamie de Machin sonne au portable. Pas le temps de lui expliquer que l’heure c’est l’heure j’ai un rendez-vous. Je mettrai un mot demain pour rappeler les horaires, sauf si je vois la maman au portail le matin.
En route pour ma classe avec Madame Blabla et son fils. Petit entretien pour faire le point sur la progression du gai luron (le même qui jouait sous sa table avec son compas). On s’interroge sur la rédaction d’un PPRE.. ça serait une première étape. Affaire à suivre. Je dois couper court.
17h23 je dois courir chercher mes enfants à la sortie de l’étude (oui j’ai une vie, oui ils vont à l’étude, et oui je leur fais refaire les devoirs à la maison).
Point compta : ces heures là, c’est pareil, on ne les compte pas. Ca fait partie des 108h d’accueillir les parents…
Dans la classe au bout du couloir, il y a Mélanie. Mélanie est extra ! Tous les matins elle reçoit un parent pour faire le point et tous les soirs elle en appelle pour faire des bilans de la journée. Clairement elle ne compte pas ses heures. Je suis admirative. Mais pas aussi motivée qu’elle apparemment ;
18h enfin à la maison. Vérifier les devoirs, les envoyer au bain, préparer le diner, les faire diner, les dents, pipi, une histoire au lit.
20h crash sur le canapé. Enfin !!! ? Non on puise un dernier regain de motivation.
1. On attaque les corrections.
2. On fait un bilan des séances de la journée en fonction des résultats des élèves. Il y a des choses à approfondir. Heureusement j’ai les doubles de tous les manuels chez moi, je vais piocher des exercices complémentaires ou en trouver d’autres (oui j’appartiens aux deux gangs : écolo ET copistes) – et oui parce que les manuels on les feuillette avant, on lit les exercices et on vérifie la clareté des consignes et la faisabilité de l’exercice et le temps qu’il prend à être fait et à être corrigé.
3. Il faut que j’adapte l’évaluation prévue demain car un des exercices n’est vraiment pas bien formulé et j’aimerai ajouter des questions sur la leçon et la grille de notation ; ils aiment bien mes élèves, ça les rassure. Voilà.
4. Mettre à jour mon cahier journal[8]. J’ai passé mon été à préparer toute ma programmation annuelle, périodique et hebdomadaire. Je n’ai qu’à suivre le guide que je me suis concoctée pour être à jour et être sûre de boucler le programme (enfin à condition que les élèves valident, pas question de passer à la séquence suivante si ce n’est pas acquis !)
5. Mettre sur la clé USB
6. Noter le matériel à préparer demain matin et si des photocopies à faire
7. Préparer mon sac
Bref 21h47 j’ai pas vu le temps passer. Tout est sur ma clé USB, c’est bon. On éteint l’ordi (perso) et on va prendre une bonne douche.
Point compta : On va être gentil et estimer que le temps de préparation à la maison est de 1h30 par jours.
Un éternel recommencement
Demain ça recommence.
Oui mais t’as ton mercredi.
Euh ben pas toujours. Parfois le mercredi on est en formation. Ou en réunion école collège. Ou en conseil de cycle… Les 108 heures, tout-ça-tout-ça…
Vous me demandez si je compte réellement les heures jusqu’à arriver à 108h et si lorsque j’ai bien fait mes 108h j’arrête tout ?
Ah mais oui tout à fait. Dès que le compteur affiche 108h je me mets au point mort sur le bas côté et j'attends que ça se passe. Je laisse mes élèves devant le portail à 16h30 tapantes. Je ne remplis plus les livrets ni ne m’occupe de leurs difficultés d'apprentissages. Je ne participe même plus aux réunions d’ailleurs, mes collègues n'auront qu'à répondre aux questions des parents de mes élèves.
Alors, qu’est-ce qu’ils font au final les profs ? Ben prof. Et pion. Et geôlier, comptable personnal-shopper, déménageur (bouger les meubles de la classe), décorateur d’intérieur (l’affichage pédagogique préconisé par la conseillère pédagogique), gestionnaire, médiateur, infirmier, prof de sport, planificateur, conseiller, pédagogue, bonne-poire... et j'en ai probablement oublié.
Bref, ils font leur taff et ils l’aiment.
Aimez les un peu aussi s’il vous plait, ils sont pas faciles vos nains !
[1] P-E = professeur des écoles. Oui le MEN est une usine à sigles
MEN = Ministère de l’Education Nationale… un sigle.
[2] APC = activité pédagogique complémentaire (sigle)
[3] CM = conseil des maitres
[4] CC = conseil de cycle
[5] CE = et non nous n’avons pas de comité d’entreprise. CE c’est pour Conseil d’Ecole.
[6] Parait-y-pas que les devoirs écrits sont interdits au primaire !!!
[7] APSA = activité physique sportive et artistique. Je vous ai dit : un monde de sigles.
[8] Cahier journal késako ? Et bien en gros c’est un planning détaillé de chaque journée. Heure par heure on détail l’activité, la discipline, les objectifs pédagogiques, les connaissances mobilisées, les outils utilisés, le matériel nécessaire, le temps utile à chaque séance, les consignes, les points de vigilance… et puis on laisse un peu de place pour des notes, observations et bilan. Parce que parfois ça marche moins bien ou on voudrait revenir sur un truc ou encore on n’a pas eu le temps d’aller au bout du chapitre… donc on se fait un gros pense-bête (parce qu’on est bête…)
Ca prend du temps à faire ?
Oooooooh que mais oui !
C’est chronophage ?
Voui
Utile ?
Souvent.



Quelle vie ! Effectivement vous faites tomber le rideau et vous montrez l’envers du décor … pas étonnant que malheureusement beaucoup de jeunes fuient ce métier … il faut vraiment avoir la vocation! Bravo pour ce témoignage!
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