Cette brève analyse se base sur la lecture de trois textes, qui portent à réfléchir sur le rôle et la place de l'école dans notre société. Il s'agira non seulement d'observer les interactions entre écoles et société (individus et institutions), la tension palpable entre développement et régression (Pierre Pastré) adapté à la société, mais aussi, d'un point de vue plus holistique à réfléchir au lien entre démocratie et éducation.
04.12.2012
Corpus documentaire:
Contre l'idéologie de la compétence, l'éducation doit apprendre à penser, Le Monde, 02.09.11
Etre parent d'élève à l'ère du numérique, Expresso, Café Pédagogique 30.11.12
"L'évènement sera notre maitre intérieur", Emmanuel Mounier 1961
Extrait de La didactique professionnelle, approche anthropologique du développement chez les adultes. Pierre Pastré, Paris, presses universitaires de France 2011, P. 59-62
Les deux premiers documents de référence (Contre l'idéologie de la compétence, l'éducation doit apprendre à penser, Le Monde 02.09.2011 et Etre parent d'élève à l'Ere du numérique, Café Pédagogique, 30.11.2012) donnent à réfléchir sur l'évolution de la société et son impact sur l'éducation.
De primabord, il est possible d'effectuer un bref parallèle avec la théorie de l'individualisme que Pierre-André Taguief (Le sens du Progrès) décrit comme né de la mondialisation. Quelle(s) relation(s) faire entre le rôle des acteurs éducatifs, l'évolution de la société et les différentes postures qui ressortent de ce corpus de texte ?
C'est d'ailleurs le dernier document (extrait de La didactique professionnelle - approche anthropologique du développement chez les adultes, Pierre Pastré) qui permet une compréhension globale et analytique de cette thématique.
La méthode développée par Pierre Pastré nous donne de nous placer en qualité d'observateur extérieur. Ce constat lui permet de mener une analyse pragmatique, nous exposant ainsi l'avancée de ses observations en relation avec l'évolution historico-sociétal.
Voici le postulat de Pierre Pastré : "c'est dans le travail que la plus part des humains adultes rencontrent leur développement" (p. 62, ligne 21) - et cela met en lumière la corrélation existante entre société et éducation.
Si l'on part du constat de l'évolution des sociétés, en termes de moeurs, de connaissances, de technologie...), il est possible d'en analyser les conséquences sur l'éducation pour en comprendre la dimension pragmatique.
Constat d'évolution
Dans son ouvrage, Pierre Paré décrit "la contingence d'un processus historique" (p. 62, ligne 1). Il convient donc de faire un constat de l'évolution.
Avant toute chose, il faut évoquer cette évolution de manière générale. Marcel Gauchet et Philippe Mérieu semblent s'accorder à dire que l'évolution de la société touche les moeurs, la culture. Il n'apparait pas dans leurs propos une claire influence des deux acteurs de cette évolution. Or, il semble que l'origine soit double : les avancées technologiques ont aboutit à une société de consommation, faisant naitre une forme d'individualisme. Parallèlement, l'augmentation des connaissances et le développement des analyses scientifiques poussent l'individu à des phénomène d'interprétation ayant des répercussions sociales (la société serait elle finalement mauvaise pour l'homme ? #JeanJacquesRousseau #LeContratSocial).
L'évolution peut néanmoins concentrer son objet sur les innovations technologiques, et devenir bénéfiques (nouveaux moyens de communications, de transport...). Cette évolution, située dans le système "culture" impact l'individualisme. Il s'agit d'une nouvelle donne en termes d'organisation sociale, de moeurs... Ces progrès technologiques orientent ainsi le comportement des individus, mais également leur façons de penser, de faire, d'appréhender et de comprendre le monde.
Quel impact pour l'éducation ?
Impact positif ?
Pierre Parié tire de son analyse deux possibilités d'appréhension des progrès. En effet, pour lui, indépendamment du contexte, l'évolution peut être "pour l'un (une) occasion de développement" (p.61 ligne 34), qu'il faut alors comprendre dans le sens mélioratif.
Le document Etre parent à l'ère du numérique, montre que les évolutions technologiques peuvent avoir des conséquences mélioratives en terme d'éducation. Les principaux acteurs publiques de l'éducation (école et structure politique) peuvent par ce biais mettre en oeuvre un moyen de redéfinir les rôles dans l'éducation. Qu'il s'agisse d'investir les familles au moyen d'internet en leur transmettant un certain nombre d'informations (favoriser la transparence) ou de répondre aux nouvelles attentes parentales engendrées par la société de consommation (instantanéité de la réponse) en utilisant un nouveau moyen de communication (ex. mise à disposition des contenus des cours - didactique) et ce dans le but de créer un langage commun entre acteurs.
L'investissement des familles et leurs connaissances du programme scolaire permet une nouvelle "relation parentale" (doc 2 page 4 ligne 20). et une nouvelle vision de l'enseignement scolaire. Ainsi, grâce à la technologie, il serait possible de faire évoluer les moeurs et croyances relatives à l'école.
Par ailleurs, ces mutations, de part la maîtrise des savoirs, tend à redéfinir la place des acteurs au sein de l'éducation. L'enfant, notamment, a une nouvelle place, et peut devenir véritablement acteur : les tablettes tactiles par exemple, peuvent responsabiliser les apprentissages tant dans le choix des sources que des matières.
Il y a t il un revers de la médaille ?
Impact négatif ?
Une évolution peut paraitre être "un obstacle qui entraine une régression" (Pierre Paré). De même, pour Philippe Mérieu et Marcel Gauchet, de telles évolutions ont des répercussions négatives sur l'éducation en général. Qu'il s'agisse de l'éducation parentale, scolaire, psychologique ou intégrative... le système devient déséquilibré vacillant entre école et parent (idée de l'enfant roi). Ce constat va de paire avec celui de la mécompréhension des buts de ces apprentissages. Les intérêts individuels, la concurrence, la maitrise du savoir... semblent mettre de côté l'objectif même de l'apprentissage ("à quoi ça sert" doc 1 page 2). L'individualisme né du progrès amène une perte de recherche sémantique et impact alors la société. Et ce dernier est double : "l'idée de l'humanité s'est dissociée de l'idée de culture" (doc 1 page 2). Bien que le deuxième texte apporte une posture constructiviste (aller contre le progrès), il met en avant les limites du numérique ; ce dernier apporte aux parents et familles des connaissance didactiques et non pédagogiques, et ces acteurs privés, bien que plus investis qu'auparavant, restent pour autant encore extérieurs à l'école.
Ces analyses entendent démontrer la corrélation entre progrès et éducation. La sphère éducation, est une des bulles de la société pour qui l'impact est fortement marqué : langage, culture, rôles des acteurs, enseignement, pédagogies. L'ensemble des éléments sont voués à muter et accompagner ce changement. L'évolution des moeurs, de la culture, les avancées technologiques, etc. redéfinissent sans arrêt l'école, l'enseignement et l'éducation. La construction de cette dernière n'est pas figée, elle est en perpétuelle évolution et se doit de s'adapter aux générations à venir et aux besoins des générations futures. Il ne reste qu'aux acteurs d'en prendre conscience, d'accompagner ce passage, et de prendre le temps, malgré le chamboulement qui s'opère, d'orienter au mieux l'avenir de l'éducation.
C'est cela que l'on appelle socioconstructivisme de l'éducation
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