La guerre des boutons 2.0

Les pros-uniforme 
vs 
Les « ce n’est pas le problème »

LE billet d'actu et de recherche socioéducative un poil piquant (acerbe ?) pour vous faire savourer ! 


En bonne scientifique (ndlr), avant d’écrire mon billet, je fais quelques recherches sur ce qui a déjà été publié ou dit… (inutile de faire doublon, ça n’apportera rien au débat…)

Après seulement deux articles lus et trois minutes de recherche, voilà que je tombe sur une pépite… mais alors une pépite !!! 


Oui, alors si vous n’êtes pas fan de vieilleries, 

ou mordu de brocantes 

ou excité par une expo,

 Passez votre chemin, ce n’est pas pour vous !


Munaé (A.K.A. le musée national pour l’éducation 💛💛💛) – dont je suis devenue officiellement adepte, nous donne accès une exposition virtuelle dont le thème est : S’habiller pour l’école ! 



Moi qui voulais couver un petit pli sur l’uniforme à l’école… mon cœur bat la chamade et je CLIQUE ! 

Comme je suis sympa je vous mettrai le lien en bas de l’article (oui sympa mais pas trop, j’ai envie que vous me lisiez quand même).


👉P’tit retour qualité : 

Navigabilité : la visite interactive ne fonctionne pas sur Safari mais très bien sur Chrome ; si vous faites la visite en classe (sur TNI, TBI...), vérifiez bien votre connexion internet !!!  

Guide : Premier étage très intuitif. En revanche pour trouver la suite de la visite… il faut revenir au point de départ de la visite, descendre l’escalier pour aller à l’étage en dessous (l’exposition commence au 3e étage et se poursuit au 2e étage avec l’exposition Apprendre le vêtement).

En classe : Oui, dès le cycle 2 ! Pour le plaisir ou dans le cadre de Questionner le monde : Temps, comparer les modes de vie. Cependant, je vous invite à préparer la visite avant de la projeter en classe car est un peu long pour l’âge (même en cycle 3 la concentration des élèves sera difficile au delà de 30 minutes). Je vous conseille donc de sélectionner ce que vous voulez leur montrer et vous faire un plan car malgré tout, le côté ludique d'une visite interactive est à conserver (si vous avez un TNI les élèves vont adorer aller à tour de rôle sa balader dans le musée). 

Mon coup de cœur : la citation d’Annie Erneaux en tout début d’exposition. Elle m’a beaucoup inspiré ! (Je vous invite d’ailleurs à me partager vos coups de cœurs de cette expo) 

Temps : compter une bonne heure en lisant bien tout et en profitant et savourant de toutes les belles vieilleries à voir (oui vous l’aurez compris j’ai apprécié cette visite)

👍Les points + : 

1.     C’est très sympa de se balader dans ce musée et c’est très intuitif on a presque l’impression d’y être ! 

2.     Pas trop longue, pas trop courte 

3.     Ludique et inspirant 

👎Points – : 

1.     Je suis frustrée de ne pas avoir pu bien voir toutes les vitrines et les cartels. 

2.     Je reste un peu sur ma faim. La fin de la visite n’est pas très claire en soit, et il manque un petit quelque chose dans la dernière salle… J’aime bien sortir d’une visite avec le sentiment d’emmener quelque chose avec moi et là…

3.     En revanche beaucoup de textes et d’affiches explicatives. Il faudrait des visuels plus directs avec des infographies colorées, des nuages de mots, des graphiques etc. pour parler aux enfants et leur donner envie de s’intéresser. Les allergiques aux musées, ca ne va pas les convertir. 

 

 

Et au final qu’est-ce que ça apporte au débat ? 

Et bien ça a l’avantage de faire un bref tour d’horizon tant historique que sociétal de ce que nous avons en France. 

Déjà, cela remet les choses en place dès le départ : il n’y a jamais eu d’uniforme dans l’école publique française et ce depuis les lois Ferry (1881) ou il ne fait état d’aucune obligation vestimentaire. Ça a été vu, dans des écoles privées. Mais en France, jusque dans les années 60, il y avait surtout des blouses, dont la fonction première était de protéger les vêtements (des tâches de craie, d’encre, etc.) 

Il ne s’agit donc pas tant de remettre les uniformes à l’école. Mais de les mettre tout simplement. 

Oui, on marche sur des œufs. 

Les uniformes scolaires, pour certains, c’est paillettes dans les yeux et en route pour Poudlard, plus de prises de tête le matin pour savoir quoi mettre ou si tel vêtement est propre, quelle est la météo du jour ou qu’est ce qui est à la mode… 

Pour d’autres c’est empêcher l’individu d’exprimer sa personnalité, d’apprendre à vivre en société, à respecter l’autre, ou encore porter atteinte à ses croyances. 

Et les critiques sont nombreuses : cela entrave les mouvements, ce n’est pas adapté à la croissance, c’est inadapté aux saisons, c’est couteux. 

Quelle est donc réellement la question de fond derrière cet uniforme à l’école ? S’agit-il de gommer les marqueurs sociaux et/ou religieux, ou bien la démarche est-elle plus sinueuse ? Quelles sont les bonnes questions à se poser quand on parle d’uniforme ? 

« Entre pour et contre mon cœur balance »

« oui… mais…. »

Est-ce qu’expérimenter l’uniforme scolaire est un moyen de répondre aux problématiques sociétales actuelles ? 

Allez, je vous emmène faire un petit tour d’horizon socio-psycho-politico-économico-pédagogique (tout ça !!!) pour vous aider à mettre vos deux pieds au même endroit ! 

Mais avant tout, petit arrêt sur la question des règles et de l’utilité ! 

 

De l’utilité de l’uniforme à sa praticité 

On dit de quelque chose qu’il est utile, dès lors que son usage ou son emploi satisfait un besoin. Quel serait donc le besoin de l’uniforme à l’école ? 

Il était coutume de porter des blouses à l’école (en France), jusque dans les années 60. Il était alors aisé de comprendre que c’était dans un souci de propreté, afin de préserver les vêtements des élèves qui étaient moins facilement lavables et dont les fibres textiles étaient peut-être moins étudiées pour être mise à rude épreuve par des enfants d’âges scolaire. 

Delà à dire que le besoin de propreté est identique en 2023, ce serait mentir. En effet, il est beaucoup plus simple de laver des vêtements de nos jours. Par ailleurs les vêtements sont conçus pour résister aux intempéries, à la transpiration etc. 

Avec 2020 et la crise du COVID en revanche, on peut replacer ce contexte de propreté au gout du jour : nous avons en effet appris à nos enfants à éternuer dans leur coude. Alors que les masques sont tombés et que leurs jolis minois refont surface, les pliures de bras de nos élèves sont ainsi remplies de miasmes que l’on se partage allègrement en se tenant bras-dessus-bras-dessous dans les rangs ou en s’assoupissant de tout son long sur son bras et sa table de classe dans une phase digestive post-cantine. Non il n’est pas la question de propreté mais plutôt d’hygiène et de santé publique. Cela fait pour autant parti de ce que nous enseignons à l’école. 

Revenons-en quelques instant à cette idée que les vêtements sont plus aisés de laver de nos jours. Nous poserons un voile sur la charge mentale que cela représente au quotidien ?

« Avoir le bon nombre de vêtement de la même couleur à laver tel jour de la semaine en fonction des heures creuses et en fonction des emplois du temps de sport de chacun afin que bidule ait telle tenue de prête tel jour et en faisant attention à bien mettre tel lessive avec tel désinfectant parce que… » hop-là ! On va s’arrêter là. 

Plus aisé : oui. 

Moins prise de tête : non. 

A l’heure de la fast-fashion (ou consumérisme de masse) on a certes une quantité astronomique de fringues qui débordent de nos placards pour autant le bon pantalon n’est jamais propre lorsqu’on en a besoin. 

Bon, d'accord. Il serait pratique pour l'entretien du linge et la charge mentale... et après ? 

Autre besoin de l’uniforme scolaire ? Celui de répondre à une nécessité de décence. Bien qu’il puisse paraitre évident pour le commun des mortels qu’une tenue convenable – c’est-à-dire adaptée – soit de mise à l’école, il semble que certains ont fermé les yeux sur cette "norme" sociale. Ehhhh oui, les mini-jupes et les crop-top pourrait être perturbants pour certains (NB l'emploi du conditionnel). Ainsi que les pantalons-déchirés-ramasse-boue et les t-shirts-préférés-que-je-mets-tous-les-jours qui puent la transpi et incommodent chaque être vivant au kilomètre à la ronde. 

Le respect, dira-t-on, ne s’emploie pas à sens-unique. Code de la route universel du bien-vivre ensemble, il est communément accepté de se dire que si je ne veux pas que l’on heurte ma sensibilité, je ne dois pas heurter celle des autres. Cynique dites-vous ? Je me vois plutôt comme un instructeur de conscience. 

Soit, il faut que la tenue respecte l'autre et que l'autre me respecte. 

Oui mais pas que ! il faut également qu'elle soit adaptée !!! Et oui, le maillot de bain on le réserve pour les cours de natation... Une tenue adaptée, finalement, les élèves en ont déjà une pour le sport : un pantalon aux fibres élastiques, un haut respirant, une paire de basket préservant les pieds et la colonne vertébrale ; Certains d’ailleurs, portent cette tenue au quotidien, qu’importe si la pratique sportive est à l’ordre du jour. Le côté pratique de cette tenue, c’est qu’elle permet le mouvement sans entrave, qu’elle respecte le corps et la santé de l’individu. Il ne viendra pas à l’esprit à quelqu’un d’apprendre à nager tout habiller, car il aurait vite fait de comprendre l’intérêt du maillot de bain pour faciliter ses mouvements dans l’eau (d'ailleurs des clichés de nos élèves contemporains exposés au Munaé semblent laisser entendre que ce serait le nouvel uniforme scolaire... à bon entendeur...) 

De même, nous retrouvons les blouses blanches dans les TD scientifiques, parfois au collège, souvent au lycée. Elles sont là encore, comme les blouses d’antan, une fonction de protection ; 

Doit-on concevoir la tenue de sport comme un uniforme ? Et qu’en est-il de la blouse blanche ? S’il l’on regarde la définition d’uniforme dans le dictionnaire, cela concorde avec l’adjectif : « qui présente des éléments tous semblables ; dont l’aspect reste le même ». 

En revanche, s’il l’on s’intéresse à la définition du nom uniforme, « vêtement déterminé, obligatoire pour un groupe » alors nous devons constater que l’uniforme a déjà été introduit à l’école depuis 2020 et l’épidémie de covid avec l’introduction des masques sanitaires. 

Si depuis les lois Ferry de 1881 et 1882, aucune règle vestimentaire n’a été imposée à l’école républicaine (bien que blouses et tabliers y aient eu leur place un temps), à ce jour, aucune règle n’est inscrite sur les modalités d’habillement des écoliers. Il nous faut cependant faire un aparté sur la loi de 2004[1] interdisant le port de signes distinctifs d’appartenance à une religion ou ce qui pourrai être perçu comme une atteinte à la laïcité - ainsi que dernièrement, en septembre 2023, l’ordonnance du Conseil d’Etat interdisant l’abaya et le qamis dans les établissements d’enseignement public. [2]

Les seules règles qui semblent évoluer autour du vestiaire de l’école sont celles qui viennent indiquer ce qu’il ne faut pas mettre. Il s’agit de normes suggestives, puisqu’à priori, il est de l’appréciation personnelle de juger si telle tenue est décente ou tel vêtement religieux. 

Dès lors, est-ce qu’imposer une tenue aux élèves permettrait de répondre à toutes ces problématiques ? une tenue pratique, confortable, adaptée, décente et ne portant pas atteinte à la laïcité et aux principes et valeurs de l’Ecole Républicaine : liberté, égalité, fraternité. 



Sociologie d’un uniforme scolaire. 

Instaurer l'uniforme scolaire en France en 2023, c'est un moyen de répondre aux atteintes à la laïcité, de gommer des marqueurs sociaux, économiques, éthiques et religieux.

S’agit-il donc d’uniformisation sociale ou de gommer des stéréotypes ? 

D’un point de vue micro sociologique (c’est-à-dire que nous allons nous concentrer sur l’élève lui-même, celui qui va devoir porter le-dit uniforme – car après tout, rappelons-le, c’est lui le principal intéressé…). Revêtir un uniforme, indépendamment du gain de temps assurément conséquent et l’allègement de la charge mentale parentale (à votre bon cœur), aurait donc une incidence sociologique au niveau de l’élève. Ce dernier serait donc vêtu comme ses pairs : le sentiment d’appartenance se pose-là. Plus besoin de lire les magazines de modes et de comparer les paires de baskets. Chacun est logé à la même enseigne. Qu’est-ce donc que ce sentiment d’appartenance ? 

L’objectif de l’école, c’est certes d’apprendre, mais aussi se socialiser. En effet, l’école est le reflet de la société. Miniaturisé. On y côtoie toutes les classes sociales, toutes les croyances, toutes les origines. C’est pourquoi elle a été pensée et s’est voulu public, laïque et gratuite. Un lieu ou apprendre le respect, car comme nous l’avons trop entendu sur les bancs de la fac l’homme est un loup pour l’homme il lui faut donc apprendre à faire face au loup et à l’apprivoiser. 

Dans un second temps, l’objectif de l’école (et surtout de l’école maternelle) c’est d’apprendre à devenir élève. Dès lors, est-ce qu’un uniforme n’aidera pas, en revêtant le costume de l’élève, à se placer dans cette posture et « se voir élève ». 

La blouse portée avant les années 60 uniformisait quelque peu les apparences et investissait les enfants dans leur rôle d’élève. Dès lors la blouse passée dans les vestiaires, la conscience se faisait qu’il était le temps de la classe. Déposer sa blouse, c’est retrouver la liberté de courir et crier dans la cour de récréation.

Alors revêtir sa blouse permettrai-t-il à l’élève de comprendre son objectif quotidien, lorsqu’il se rend sur le chemin de l’école : apprendre et socialiser.  Il revêt son uniforme le matin, il met son uniforme d'élève pour devenir élève. 

 

Élargissons à présent quelque peu notre point de vue. A celui de l’enseignant, de la classe et de l’école. Car en effet, pour l’enseignant, l’uniforme a un impact. Moins de temps à gérer les petits conflits et moqueries, identification du rôle propre de chacun. Certes de nouvelles formes d’enseignement sont en essor, les pédagogies actives, alternatives, l'enseignant facilitateur de savoir, etc. Pour autant sa figure d’autorité a tant été mise à mal qu’il n’y a plus de respect pour sa posture. Est-ce que l’uniforme n’aiderai pas l’enseignant à retrouver un peu de respect ? Au delà de cela est-ce que cela n'aiderai pas un tant soit peu en classe d'avoir un peu moins de pollution visuelle avec cette uniformité apparente ? Le vêtement viendrai donc distinguer chacun dans son rôle, tout comme les supporteurs endossent le maillot de leur équipe, pour faire corps avec le groupe; 

  

Vers une uniformisation sociale ?

C’est avant tout une question politique. Beaucoup de partis politiques y voient un outil pour lutter contre les atteintes à la laïcité (débats de septembre 2023 autour de l'abbaya). C'est d'ailleurs intéressant et drôle de voir les couleurs politique voter en faveur ou contre ce projet. 

Faits : Les chiffres des atteintes à la laïcité en milieu scolaire (octobre 2022 : 720 signalement contre 313 en septembre 2022)

 

Le mot de la fin ?  

La question qui demeure pour moi c'est en quoi les uniformes scolaires iraient à l'encontre des valeurs de l'école républicaine. c'est un vaste sujet que je n'ai pas fini d'étudier, tant il y a de possibilités et d'éléments à considérer. 

Gabriel Attal a annoncé une phase d'expérimentation prévue pour l'automne 2023. Nous y sommes. Je suis curieuse de voir les critères d'évaluation de cette expérience. J'ai de mon côté commencé à développer mes propres critères d'évaluation de cet essai. Je serai curieuse de savoir comment vous étudieriez la chose ! 

 

 

Voilà le lien de la visite ! 

https://my.octopus3d.com/tour/shabiller-pour-lecole

 


 

 

Bibliographie / sitographie

-        Interview de Claude Lelièvre « l’uniforme pour restaurer l’école d’antan ? une supercherie » - café pédagogique, 11 septembre 2023 – https://www.cafepedagogique.net/2023/09/11/claude-lelievre-luniforme-pour-restaurer-lecole-dantan-une-supercherie/ NB Claude Lelièvre est un historien de l’éducation français. 

-        Résumé de l’interview de Gabriel Attal sur RTL le 4 septembre 2023 par Café Pédagogique https://www.cafepedagogique.net/2023/09/05/luniforme-pour-restaurer-lautorite/

-        L’uniforme à l’école permet-il d’atténuer les inégalités entre les élèves ? 5 septembre 2023, Franceinfo https://www.francetvinfo.fr/vrai-ou-fake/vrai-ou-faux-l-uniforme-a-l-ecole-permet-il-d-attenuer-les-inegalites-entre-les-eleves_6042659.html



[1] Loi du 15 mars 2004 « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit » loi n°2004-228 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse ans les écoles, collèges et lycées publics. 

[2] « le conseil d’Etat a jugé que l’abaya et le qamis ne peuvent pas être regardés comme des signes religieux « discrets » au sens de la loi du 15 mars 2004 et qu’ils sont donc interdits à l’école. 

Commentaires

  1. Impressionnant cet article qui permet
    d’aller plus loin dans la réflexion sur l’uniforme. Je prends conscience de son bien fondé pour tous afin de se concentrer sur l’essentiel : les apprentissages et finalement aussi apprendre à connaître l’autre au-delà de son apparence puisqu’elle ne générera plus l’intérêt ou le rejet. La petite visite virtuelle est déguster en famille !
    Merci pour votre clairvoyance !

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    1. Merci ! Je poursuis en effet mes recherches sur les fondements de ces interrogations autour de l'uniforme à l'école, c'est un sujet très vaste avec beaucoup d'éléments... absolument passionnant !

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  2. Article très intéressant :)1

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